Elle est mince, jolie, la trentaine à peine entamée. Au bureau, rien ne transparaît : tailleur ajusté, maquillage discret, cheveux brushés. Mais franchissez le seuil de son appartement un samedi après-midi, et le tableau change radicalement. Les cheveux attendent leur shampoing depuis une semaine. Le jogging a remplacé le jean. Le miroir de la salle de bain reste embué, volontairement.

« À quoi bon ? » La question revient comme un mantra. Pas de rendez-vous, pas de regard masculin à séduire, pas de dîner en amoureux à préparer. Alors les rituels s'effacent un à un, non par négligence, mais par une logique implacable : pourquoi investir du temps dans une performance dont personne ne sera spectateur ?

Le rasoir, cet étranger

Les jambes, les aisselles — tout ce qui, pendant des années, passait sous la lame deux fois par semaine, n'est plus qu'un souvenir lointain. Une ou deux fois par an, avant un départ en vacances, le geste revient. Le reste du temps, un léger duvet suffit. Personne ne le voit. Personne ne le saura.

Ce n'est pas un manifeste féministe. C'est un constat, presque un aveu : la routine beauté était, en grande partie, un dialogue avec l'autre. Sans l'autre, le dialogue se tait.

La conversation qui a tout déclenché

Lors d'un déjeuner entre anciennes camarades de classe, le sujet de l'épilation laser est arrivé sur la table. Anodinement. L'une d'elles a raconté sa séance, le coût, les résultats. Et là, quelque chose s'est allumé dans le regard de celle qui n'avait pas parlé depuis vingt minutes.

« Moi aussi, je déteste ça », a-t-elle soufflé. Pas le poil en lui-même — la corvée. Le rasage, la repousse qui pique, les démangeaisons, les rougeurs. Trois ans qu'elle achetait exclusivement des robes à manches longues pour les fêtes de fin d'année, les mariages, les anniversaires. Trois ans à contourner le problème plutôt qu'à le résoudre.

Le moindre mal

Son choix n'était pas idéologique. C'était un calcul pragmatique : entre la douleur du rasoir et l'inconfort du duvet, elle avait tranché. Le laser représentait une troisième voie, un investissement pour ne plus avoir à choisir entre deux désagréments.

« Ce n'est pas pour plaire à quelqu'un, a-t-elle précisé. C'est pour ne plus me gratter les jambes en réunion. » La nuance est importante. La motivation n'était pas esthétique au sens social du terme. Elle était sensorielle, intime, presque égoïste — et c'est précisément ce qui la rendait honnête.

La question qu'on n'ose pas poser

Reste une interrogation en suspens, un peu inconfortable : jusqu'où le regard de l'autre façonne-t-il nos habitudes les plus intimes ? Peut-on vraiment parler de « choix » quand la norme sociale a dicté, pendant des décennies, ce qu'un corps féminin « doit » être ?

La réponse n'est pas binaire. Certaines femmes se rasent par plaisir, d'autres par habitude, d'autres encore par pression. L'important, peut-être, est de pouvoir identifier la source du geste. Et de se donner la permission de le poser — ou de le reposer — en toute conscience.

Elle, en tout cas, a pris rendez-vous pour le laser. Pas pour un homme. Pas pour la société. Pour ses propres jambes, ses propres soirées d'été, sa propre tranquillité. Et c'est déjà une petite révolution.